Entendre ou écouter ?

          J’ai souvent été impressionné par cette scène de mon enfance, qui se reproduisait chaque fois que nous allions en famille au bord de la mer, en Normandie. Je ramassais un gros coquillage, je le portais à mon oreille, et j’écoutais, l’air rêveur, durant de longues minutes. Il me semblait capter les bruits de la mer…le clapotis des flots, le frémissement des vagues… le hurlement du vent. J’aime encore refaire ce geste à l’heure actuelle, et l’accomplir devant mes enfants.

Il y a une différence toute fondamentale entre entendre et écouter. Ainsi, pendant que vous li-sez cet article, vous entendez – sans quelquefois vous en rendre compte - toutes sortes de bruits : un avion ou un train qui passe, une mobylette qui pétarade, un chien qui aboie, des oiseaux qui gazouillent, un enfant qui pleure, une porte qui claque, votre ventre qui gargouille… Entendre , c’est capter des sons ; écouter, c’est prendre conscience de ces sons et y être très attentifs.

Nous sommes tous programmés – et ceci grâce aux choix personnels de notre intelligence - pour entendre certaines choses ou non, et pour en écouter d’autres avec attention ou non. Ainsi, dès que la sonnerie de la porte d’entrée retentit, ou celle de mon téléphone portable, je me mets immédiatement en situation d’écoute, je réagis, et me précipite en direction de la porte, ou du téléphone. J’ai entendu, puis instantanément j’ai décidé d’écouter, et d’agir en conséquence.

Mais cela sera foncièrement différent si j’entends très souvent chez moi le passage habituel des trains ou des avions… ou celui – très intensif - des gros poids lourds qui passent avec fracas au pied de ma fenêtre. Je ne ferai plus réellement attention à ces bruits, je ne prête plus l’oreille, car je suis habitué à eux et mon cerveau ne me transmet aucun signal de danger. Dans certains cas, je n’aurai tout simplement même pas eu conscience de ces bruits.

Laissez-moi vous raconter une vieille histoire… Le capitaine d’un grand navire marchand avait besoin d’engager un autre opérateur radio. Il fit donc part de la nouvelle à toutes les bonnes volontés du port, et donna rendez-vous à tous les candidats le lendemain à 14 heures, sur son bateau. Ils étaient nombreux : on les fit tous entrer dans une salle qui était contiguë au bureau du capitaine. Le temps passa, une demi-heure peut-être, et certains commençaient à s’impatienter en discutant vivement ensemble.

Au beau milieu de ces discussions, d’étranges sons se firent entendre, très discrets, imperceptibles, et qui semblaient provenir d’un minuscule haut-parleur… c’était du morse. L’un des hommes tendit l’oreille, et malgré le brouhaha ambiant, réussit à décoder. C’était un message en morse… qui disait :

- « Le premier qui entendra ce message doit immédiatement pénétrer dans mon bureau sans prendre la peine de frapper, il est engagé. »

L’homme bondit aussitôt dans le bureau du capitaine et fut engagé sur le champ. Les autres repartirent tout penauds…

Cette histoire ancienne est encore d’actualité… Tous, nous savons entendre. Mais écouter, c’est une autre affaire ! Cette merveilleuse qualité est devenue de plus en plus rare dans le vécu de notre société contemporaine. Elle nécessite un réel désir de ne plus faire de notre vie personnelle le centre de l’univers, et de s’intéresser aux autres, de chercher à les comprendre, à les aider et aussi à apprendre par eux. Donc de marcher à contre-courant !

Pourquoi beaucoup de personnes vont-elles de nos jours trouver des psychothérapeutes, des psychiatres, et engloutir un argent fou ? Parce qu’elles ne sont ni écoutées ni prises en considération dans leur proche entourage. Elles sont aussi déçues de certains milieux chrétiens, où l’on pense tout solutionner exclusivement à coup de versets bibliques, de sermons moralisateurs et d’impositions des mains. Je n’ai vraiment rien contre ces choses, bien au contraire, mais je suis convaincu que les pasteurs doivent aussi apprendre en priorité à se taire, à écouter, et à exercer un suivi au travers d’entretiens de relation d’aide.

L’amour sait écouter, car il se donne et s’intéresse à l’autre. L’égoïsme prend, et n’est souvent capable que d’entendre, car il ne fait pas vraiment attention aux besoins de l’autre. Nous vivons dans une société davantage préoccupée par les plaisirs que par le don de soi. C’est une société de consommation, une société du « chacun pour soi ». Pas étonnant qu’elle produise des laissés pour compte ! Elle ne sait plus communiquer et écouter. Elle a renoncé au bonheur de rendre les autres heureux. Elle enseigne le culte du moi, par tous les moyens. Et cet état d’esprit envahit maintenant l’église et le cœur du peuple de Dieu. Les disciples de Jésus sont parfois davantage préoccupés de se rendre heureux tout seuls - seuls avec Jésus bien sûr - que de se sacrifier pour les autres.

Sommes-nous de ceux qui sont devenus capables d’aimer les autres, de se donner à eux, d’être attentifs en prenant le temps de les écouter ? Quelle est notre mentalité, quel est notre comportement réel vis à vis de nos proches, et vis à vis de Dieu, quant à l’écoute ?

Philippe Auzenet     (Extrait de son livre "L’écoute de Dieu")

JESUS, TU ES DIFFERENT !

Tu restes trente années au milieu des hommes en gardant le silence, alors que beaucoup auraient prêché immédiatement, et tenu de vastes campagnes d’évangélisation avec une affluence record,

Tu prends le parti de la femme adultère, alors que tous se sont éloignés d’elle…

Tu entres chez le péager, alors que tous sont outrés par lui,

Tu guéris un homme le jour du sabbat, en défiant tous les protocoles,

Tu aimes les pauvres, alors que tous aspirent à la richesse,

Tu appelles des enfants, quand tous veulent les renvoyer,

Tu pardonnes à Pierre, alors qu’il se condamne lui-même,

Tu privilégies la veuve qui donne sa toute petite offrande, alors que tous ignorent son geste,

Tu parles à la Samaritaine, alors que tous les juifs s’interdisent d’entrer en relation avec elle,

Tu guéris les dix lépreux, alors que tous les fuient, et crient "Impur, impur",

Tu renverses les tables des changeurs, car ta maison est une maison de prières,

Tu nourris 5000 hommes, leurs femmes et leurs enfants, alors que tes disciples veulent les congédier,

Tu prends Judas parmi tes disciples, alors que tu sais que c’est un voleur et un traître,

Tu promets le royaume des cieux au brigand, quand tous le vouent à l’enfer,

Tu appelles Paul à ta suite, alors que tous le craignent comme persécuteur,

Tu apparais à tes disciples et les bénis après ta résurrection, alors qu’ils avaient lâchement pris la fuite,

Tu refuses la gloire, quand tous veulent te faire Roi,

Tu meurs pour nous, alors que l’inverse aurait été plus juste,

Tu es tous les jours avec nous, alors que nous te sommes si infidèles,

Seigneur Jésus, Tu es différent, je te remercie pour ce que Tu es !

(adapté d’un texte dont l’auteur est inconnu)

La misĂ©ricorde, une dĂ©clinaison fondamentale et indispensable de l’amour…

"La mesure de l’amour, c’est d’aimer sans mesure" (St-Augustin)

Nous le savons bien : le légalisme tue, mais la miséricorde relève. Je m’en rends perpétuellement compte, moi qui écoute quotidiennement les chrétiens en mal-être dans leur identité ou vie sexuelle. J’entends leurs confessions, leur douleur, leur misère. Je ne bronche pas, car je ne suis pas leur juge, je suis un instrument de l’Amour de Dieu pour les bénir. Et je bénis non seulement celui ou celle qui se relève, mais aussi celui ou celle qui ne se relève pas, car il (elle) n’y arrive pas encore, il (elle) n’a pas encore compris comment se relever.

Par le passé, je n’ai pas toujours été miséricordieux, j’ai beaucoup tué par mon légalisme. J’ai dû apprendre la miséricorde, car cela s’apprend. J’ai bénéficié hautement de la miséricorde de Dieu dans ma vie personnelle face à de grands péchés commis, et suis donc en conséquence devenu miséricordieux. Et chaque jour j’apprends que la miséricorde de Dieu est beaucoup plus étendue et profonde que je n’aurais imaginé, oui, chaque jour ! Elle n’est pas en opposition avec l’amour de la vérité, et l’obéissance à Dieu. Bien au contraire, elle est le pont qui permet au grand pécheur de découvrir l’obéissance à la Parole de Dieu, et de la mettre peu à peu en pratique. La miséricorde ne représente pas un compromis avec le péché de la personne à qui l’on fait miséricorde, compromis qui transgresserait la sainteté divine, comme si l’on soldait la vérité biblique par un rabais consenti, que l’on appellerait miséricorde.

Quelqu’un a dit que la miséricorde, c’est tendre et jeter une corde à quelqu’un qui se trouve dans la misère, de manière à ce qu’il sorte de son puits profond, dans lequel il est tombé.

Le mot MISERICORDE provient du latin misereri : avoir pitié, et cor : cœur. On nomme ainsi l’attitude profonde de l’être caractérisée par la disposition d’amour et de pardon, la sensibilité à la misère et à la souffrance d’autrui, avec une bienveillance fondamentale vis à vis de lui.

Jésus a souligné lui-même l’importance d’une miséricorde active :

« Allez, et apprenez ce que signifie: Je prends plaisir à la miséricorde, et non aux sacrifices. Car je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs » (Matthieu 9:13)

Et il n’a pas hésité à affirmer qu’au nom de cette miséricorde, nous croiserons dans le paradis des personnes que nous n’aurions pas pensé : des gens de mauvaise vie repentis :

« Je vous le dis en vérité, les publicains et les prostituées vous devanceront dans le royaume de Dieu. » (Matthieu 21 : 31)

Durant son séjour sur la terre il y a deux mille ans les textes Bibliques nous montrent que Jésus aimait authentiquement les personnes « de mauvaise vie » et les fréquentait sans honte et au vu de tous. Parmi elles, il y avait des prostituées, des femmes adultères, des gens vraiment très peu recommandables !
Jésus regardait au cœur et non à l’apparence…
Il savait que la réponse à l’amour « impur » est l’amour de Dieu, l’amour pur… et n’avait pas peur de montrer son attachement inconditionnel à ces personnes, sans leur faire d’abord des reproches, les discipliner ou les menacer.

Par contre, il fustigeait essentiellement les pharisiens, les hypocrites, ceux qui « disent et ne font pas », et ce, publiquement.
Nulle part dans les écrits bibliques nous voyons que Jésus reprenait ou menaçait les personnes en trouble dans leur sexualité, ce fait est très important ! C’est même l’inverse qui se produisait…
« Je ne te condamne pas non plus, va et ne pèche plus ! » (Jean 8 : 11)
« Ses nombreux péchés ont été pardonnés, car elle a beaucoup aimé. Mais celui à qui on pardonne peu aime peu » (Luc 7 : 47)

Jésus instaure deux commandements nouveaux, desquels vont devoir dépendre les dix commandements et les paroles des prophètes :

« Maître, quel est le plus grand commandement de la loi ? Jésus lui répondit: Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, et de toute ta pensée. C’est le premier et le plus grand commandement. Et voici le second, qui lui est semblable: Tu aimeras ton prochain comme toi-même. De ces deux commandements dépendent toute la loi et les prophètes. » (Matthieu 22 : 36 à 40)

Nous chrétiens, nous pasteurs, nous aurions besoin de nous en souvenir. Si je n’ai pas l’amour, je ne suis RIEN (1 Corinthiens 13). La miséricorde n’est pas seulement applicable à mes péchés anciens, datant d’avant ma conversion. Elle est également aussi valable, active, et bienfaisante en ce qui concerne les péchés que je commets en tant que chrétien ou pasteur.

Sans la miséricorde, aucun chrétien ne pourrait rester chrétien, aucun pasteur ne pourrait rester pasteur. Car tous nous transgressons constamment les commandements de Dieu. Nous méritons constamment la mort, mais Jésus est mort à notre place… et nous pouvons donc trouver grâce aux yeux du Père, chaque jour : les jours où nous commettons des péchés, les jours où nous n’en commettons pas.

Notre sanctification personnelle vécue dans la réussite ne doit pas devenir un prétexte pour fermer l’accès au Royaume des Cieux à tous ceux qui luttent pour devenir saints, mais n’y arrivent pas, vraiment pas, car ils sont beaucoup plus pauvres et faibles que nous, de par leurs traumatismes subis, mais aussi de par leurs carences affectives et éducatives gigantesques datant de leur enfance.

Je pense aussi à tous ces chrétiens qui luttent avec leur homosexualité qu’ils n’ont pas choisie : n’allons pas trop vite les condamner, en proclamant très durement devant eux que la pratique de l’homosexualité attire énormément la colère de Dieu : mon frère, souviens-toi que par tes péchés tu mérites toi aussi autant la mort et la colère de Dieu, car "le salaire du péché, c’est la mort" (Romains 6:23). Alors applique-le toi à toi d’abord, au lieu de tuer verbalement ton frère qui commet un autre péché que le tien !

"Heureux les pauvres en esprit, car le Royaume des cieux est à eux" (Mat 5:3)

"Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde!" (Matthieu 5:7)

"Soyez donc miséricordieux, comme votre Père est miséricordieux." (Luc 6:36)

Pasteur Philippe Auzenet

(on peut reproduire cet article, mais en mentionnant le nom de l’auteur et l’URL de ce site)